• Simoon

Bréhat, île bretonne

En cette mi-septembre, après une nuit en bord de mer sous la voûte bien dessinée de la Voie lactée, me voici à goûter une fraîcheur matinale baignée de rosée.


À la Pointe de l'Arcouest, dans les Côtes-d'Armor, les premières lueurs du soleil colorent chaudement les rochers de granit :


L'embarcadère est à deux pas.

La destination est l'Île-de-Bréhat.


Surnommée "île aux fleurs", la beauté de cet archipel ne laisse pas indifférent : le bleu translucide de la mer, la végétation de type méridional de l'Île Sud, les rochers roses de l'Île Nord, l'architecture d'anciennes chaumières de marins-paysans, l'absence de voiture... Le dépaysement est à son comble.



Historiquement, il s'agit de deux îles à marée haute (Île Sud et Île Nord), mais celles-ci furent réunies au XVIIIe siècle par le pont-chaussée Vauban. Ah ! Ce Vauban... Encore lui.


Si la végétation est particulièrement fleurie et méridionale, cela tient du climat :

Le climat est peu agréable, humide, brumeux et venteux, mais il est doux ; le Gulf Stream réchauffe la région et permet aux lauriers-roses, aux myrtes, aux figuiers, aux mimosas de végéter toute l'année en pleine terre.

— G. Vergez-Tricom, Bulletin de la Société Géographique, 1925



Le climat n'est peut-être pas agréable à l'année, mais la météo d'aujourd'hui l'est.

À la proue de la vedette, vue sur Bréhat
Le Port-Clos et le modeste embarcadère de l'île

L'arrivée à bon port est saluée par un très officiel panneau de circulation routière :


Très officiel... Trop même, au point de virer à l'insolite, tout comme l'annonce de la route départementale D104 : les voitures sont interdites sur l'île, et les "routes" ne sont que d'étroits et sinueux chemins pédestres :

Départementale D104, au Port-Clos
Direction le lieu-dit Crec'h Simon

Les multiples intersections des chemins transforment l'île en labyrinthe. Difficile de faire des choix pour la visite car impossible de tous les parcourir en une journée. Tout en sachant que des trésors se cachent parfois au bout des sentiers.




Le Birlot

Le Moulin à Marée du Birlot, construit en 1638

Quelques maisons au Crec'h Simon :


Depuis Crec'h Simon, ce chemin mène au lieu-dit Ker Guéréva :


J'ai donc décidé de baptiser ce tronçon : Simon-Guéréva.


L'île contient des reliefs au point d'avoir son mont Saint-Michel :

Chapelle Saint-Michel

La végétation est parfois surprenante :



Quelques baies miniatures :





La saison étant bien avancée, l'île n'est pas aussi fleurie que durant la saison chaude. Mais la visiter tardivement permet d'éviter l'affluence touristique.


Jusqu'à présent, les photos sont celles de l'Île Sud. Pour résumer le cadre, une citation de Mérimée fera l'affaire :

Ce coin de terre [la baie de Paimpol] semble exceptionnel. J'y voyais avec surprise des arbres du midi de la France. Oubliant leur soleil natal, des myrtes, des mûriers, des figuiers gigantesques couvraient la plage, laissant presque tomber leurs fruits dans les flots. (...) Mais il suffit de passer la chaussée que Vauban fit construire entre les deux îles pour changer de monde : ici tout devient lunaire, les rochers plus acérés, la végétation plus rase. (...). [On croit] se retrouver en Irlande : fougères, ajoncs et bruyères ont remplacé la végétation luxuriante du sud

— Prosper Mérimée, Notes d'un voyage dans l'ouest de la France, p.135 (...), 1836


Cent quatre-vingt cinq ans plus tard, île et texte n'ont pas pris une ride. En passant le pont-chaussée Vauban, appelé aussi Pont ar Prat ("pont de la prairie"), l'ambiance est différente.

Le pont-chaussée Vauban

L'Île Nord est plus sauvage :



Moulin à vent de Crec'h-ar-Pot

Collier de coquillage autour d'un arbrisseau


Enfin, le point le plus septentrional de l'Île Nord est marqué par le Phare du Paon, construit en pierre de granit rose et protégé par des géants, eux aussi de granit rose. Un monde minéral ocre-rose immerge progressivement le visiteur :



Le dos du phare a un profil carré :


Mais sa face présente un arrondi plus classique :

Il s'agit pourtant du même ouvrage ! Ainsi, tout comme l'île, celui-ci a deux visages.


Mise à part la présence de nombreux touristes, l'île est charmante. Une journée est suffisante pour la parcourir à vélo. Il faudra en revanche au moins deux jours pour la visiter à pied. Mais évidemment, plus on y passe du temps, plus on savoure.


Un voyage à Bréhat, c’est mille voyages, ouvrez l’œil et freinez l’allure. La récompense est au bout de la lenteur.

Erik Orsenna, de l'Académie Française





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